Nouvelle Aquitaine

Du 20/09/2016 au 20/09/2016

Poitou-Charentes, volontarisme et ras-le-bol s’expriment face aux (absences de) réformes

A l’approche de l’échéance présidentielle de 2017, les débats en vue de l’élaboration de la plateforme politique de la Fédération hospitalière de France (FHF) se font plus militants. Témoin les discussions qui se sont tenues avec les adhérents de la FHF en Poitou-Charentes le 20 septembre 2016, à l’occasion d’une première journée étape en Nouvelle Aquitaine.

A La Rochelle, le matin du 20 septembre, Geneviève Darrieussecq, présidente de la FHR Nouvelle Aquitaine, a salué le travail de « lobby positif » effectué par la FHF, « d’où l’importance de nos échanges dans le cadre ce tour de France ». La FHF est la « maison commune » du service public hospitalier, a insisté le jour même à Poitiers Jean-Pierre Dewitte, directeur du CHU et président de la conférence nationale des DG de CHU. « C’est pourquoi nous venons sur le terrain, a expliqué Frédéric Valletoux, président de la FHF. Ce sont vos expériences et initiatives qui contribueront à étayer l’argument d’une plus grande liberté d’initiative et de gestion à laisser aux acteurs hospitaliers, aujourd’hui écrasés par la bureaucratie. »

La crainte de GHT intégratifs

Actualité oblige, le thème des groupements hospitaliers de territoire (GHT) avait été choisi comme sujet de débat le 20 septembre à la Rochelle. Si les GHT sont bien sur les rails, notamment là où des communautés hospitalières de territoire avaient déjà été construites, « il faudra des orientations claires du ministère sur le caractère plus ou moins intégratif des GHT pour avancer. L’incertitude est pire que tout », prévient Pierrick Dieumegard, directeur du centre hospitalier (CH) de Rochefort. Côté hôpitaux locaux, on attend cependant ici beaucoup de la mutualisation, des échanges…, malgré des craintes sur la remise en cause de certains services de médecine. Des inquiétudes qui sont aussi palpables dans le secteur médico-social. Si celui-ci plébiscite le travail sur des filières de soins, il s’inquiète d’une intégration de certaines fonctions à l’établissement support.

Pour autant, il ne faudra pas trop tarder à développer concrètement les GHT, estime Thierry Godeau, président de la commission médicale d’établissement (CME) de la Rochelle et de la conférence nationale des présidents de CME : « Nous avons une obligation de réussite, sans quoi je crains que la prochaine loi soit pour le coup très intégrative… et in fine plutôt désintégrative ! »

Pour certains, il faudrait des budgets et un capacitaire définis au niveau des GHT afin d’éviter les blocages. « Nous sommes sur un « chemin d’intégration » qui prendra du temps et ne passera pas nécessairement par des fusions, mais qui reposera à coup sûr sur les projets médicaux partagés (PMP) », estime David Gruson, délégué général de la FHF.

« Le pire serait de voir les Agences régionales de santé (ARS) être les acteurs du PMP faute de capacité des hospitaliers de s’entendre et de s’approprier cette réforme », a conclu Frédéric Valletoux sur ce débat.

Reconnaître que l’hôpital comble les carences du système de soins

Lors des échanges le jour même au CHU de Poitiers, un certain nombre de dysfonctionnements impactant l’hôpital ont été soulignés, en lien avec son environnement : permanence des soins libérale inopérante, déserts médicaux liés à la liberté d’installation, cliniques en situation de monopole dans certaines spécialités mais n’assurant pas la permanence des soins, déséquilibre démographique alarmant en faveur d’un privé moins contraignant et plus attractif…

De grosses inquiétudes se sont ici fait jour sur le (l’absence de) financement de l’innovation. Témoin le poste Médicament de Poitiers, représentant 12 % du budget du CHU il y a 10 ans contre 25 % aujourd’hui. Avec en parallèle des prescriptions de ville qui s‘imposent à l’hôpital (chimiothérapies per os, continuité des soins…)… avant de lui être reprochées par le financeur.

Or le régulateur ne prend visiblement pas ses responsabilités face à ces phénomènes, déplorent les acteurs hospitaliers. « Et tous ces dysfonctionnements montrent bien que la sous-division des enveloppes ONDAM n’a aucun sens alors que l’on parle de mettre en place un parcours de soins », aura analysé Jean-Pierre Dewitte. Si l’on veut que l’hôpital s’adapte aux décloisonnements et aux mutualisations, il faudra que l’ARS et les financeurs commencent par faire de même.

« Mettre le sujet de la santé dans le débat présidentiel n’a jamais été évident, mais face aux carences actuelles, il sera difficile aux hommes politiques d’ignorer le sujet, a assuré Frédéric Valletoux. Comment fait-on de l’hôpital le pivot du système de santé, et non sa variable d’ajustement ? C’est la question que nous devons poser aujourd’hui. »

Les villes visitées

Partagez sur