Calais

9/11/2016

« Jungle » de Calais : quand l’hospitalisation publique est seule garante de l’accès aux soins

Les représentants de la FHF étaient le 9 novembre 2016 au centre hospitalier de Calais (CHC), deux semaines après le démantèlement de la « jungle », pour une présentation de la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS) montée dans le camp. Un exemple emblématique des valeurs et des capacités opérationnelles uniques de l’hospitalisation publique.

9 novembre 2016 au matin, des trombes d’eau tombent sur Calais. « Vous voyez cette porte ?, indique Isabelle Andrieux, cadre de santé, aux représentants de la FHF en train de visiter la PASS du centre hospitalier de Calais (qui existe depuis 2006). Eh bien avant que nous n’ouvrions une autre PASS dans la « jungle » même, il y avait parfois ici sur le parking une queue de 200 personnes sous la pluie à 8 heures du matin… »

 

Un dispensaire sorti de terre en trois jours

Le CHC est en effet habitué depuis 20 ans à accueillir et soigner les quelques centaines de migrants qui sont en permanence dans le calaisien dans l’espoir de passer en Angleterre. C’est avec l’afflux de 2014-2015 que la situation s’est tendue, le site de la « jungle » ayant dépassé les 9 000 personnes suite à la décision de regroupement prise par le ministère de l’Intérieur. Le CHC reçoit alors pour instruction de mettre en place une offre de soins primaires, de prévention (avec indicateurs de suivi quotidiens), puis une unité de 16 lits en post-hospitalisation. La première permanence sortira de terre en… trois jours ! « Il nous a fallu tout mettre au point (organisation sanitaire, lignes téléphoniques, etc.) dans l’urgence sans attendre les autorisations administratives », explique Martin Trelcat, directeur du CHC. L’étape suivante sera la reprise d’une clinique de Médecins sans frontières (MSF) à la demande du ministère de l’Intérieur et de l’Agence régionale de santé (ARS).

 

Le professionnalisme d’abord

Au total, l’équipe de la PASS Jules Ferry (du nom de l’ex-centre de loisirs présent sur le site) atteindra une vingtaine de professionnels dont deux infirmières, un psychologue, un interprète, six ASH… « L’Etablissement de préparation et de réponse aux urgences (EPRUS) nous a beaucoup aidés pour avoir des infirmiers (IDE), logisticien, psychologues…, intervenant par roulements, explique Najat Moussi, directrice des soins. Deux IDE volontaires ont aussi postulé pour la PASS Jules Ferry via la bourse à l’emploi interne du CHC. Nous avons recruté les AHS sous emplois d’avenir, avec une formation accélérée sur la prise en charge des patients, l’hygiène, etc. » L’expérience a été tellement concluante que certains ASH sont aujourd’hui repris sur l’hôpital.

La PASS Jules Ferry a fait en moyenne 3 200 entrées par mois, avec comme mission première un tri des patients entre urgences, MCO, soins de suite ou simple suivi PASS… Ce sont les associations qui maraudaient dans le camp pour repérer les patients nécessitant des soins. Au plan médical, « nous avions beaucoup de pathologies ORL, de traumatologie (plaies à la main consécutives aux tentatives d’escalade des barbelés, etc.), douleurs articulaires, abcès dentaires, affections dermatologiques (gale, teigne, furonculoses, etc.), syndromes post-traumatiques chez des patients venant de théâtres de guerre, décompensations, dépressions, etc., énumère le Dr El Mouden, responsable de la PASS. Nous avons même eu affaire à des cas de paludisme et de maladies tropicales. La ligne de conduite fixée aux équipes a toujours été de considérer un migrant comme n’importe quel autre patient, ni plus, ni moins. Avec professionnalisme mais sans passions. »

 

Les migrants respectueux des soignants

Au plan administratif, les demandes d’aide médicale d’Etat (AME) étaient gérées par les assistantes sociales du CHC dans des conditions chaotiques. Fin 2015, la CPAM, consciente de la situation, a régularisé tous les impayés de l’année…

Globalement, médecins, paramédicaux comme ASH expliquent que « tout s’est bien passé », avec cependant un pic de stress notoire lors des rixes inter-ethniques de mai. « Or contrairement à l’image que les gens en avaient à l’extérieur, les rapports étaient globalement calmes et organisés dans la « jungle ». Et les gens nous respectaient, ils comprenaient que nous étions là pour les aider. Au moment du démantèlement et des transferts en centres d’accueil, il nous a fallu les rassurer et leur expliquer qu’ils trouveraient ailleurs à l’hôpital le même dévouement qu’ici », a expliqué l’infirmière référente de la PASS Jules Ferry.

« Quant à nous, il faut savoir nous adapter en cas d’afflux comme de baisse d’activité. Cela fait partie du service public hospitalier », a commenté le Dr El Mouden deux semaines après le démantèlement, l’équipe du CHC s’attendant à un retour de groupes de migrants dans le calaisien d’ici quelques mois. « Des hospitaliers à la fois efficaces mais bien seuls en cas de crise », aura fait remarquer Martin Trelcat en conclusion.

 

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