Bordeaux

20/10/2016

Territoire de santé intégré des Landes : un hôpital omniprésent… mais discret

Les responsables des centres hospitaliers (CH) de Dax, de Mont-de-Marsan et du CHU de Bordeaux étaient réunis dans la capitale régionale le 20 octobre pour accueillir les représentants de la FHF. Au cœur de cet échange : le positionnement de l’hôpital dans un « territoire de santé intégré ».

 

Département pilote du programme national « Territoire de soins numérique », les Landes sont à la pointe en matière de prise en charge décloisonnée. Le projet « Santé Landes » d’aide à la prise en charge des maladies chroniques en ville s’organise selon des parcours patients en s’appuyant sur les outils numériques et sur une plateforme territoriale d’appui. La démonstration voulue par les représentants de Dax, Mont-de-Marsan et Bordeaux ? L’hôpital a toute sa place dans ces dispositifs.

 

Coopération inter-établissements

La condition numéro un est de définir un cadre de coopération hospitalière équilibré, a exposé Jean-Pierre Cazenave, directeur du CH de Dax. Le GHT des Landes (quatre établissements) peut s’appuyer sur la communauté hospitalière de territoire préexistante avec ses fédérations médicales inter-hospitalières (en cardiologie, psychiatrie, urgences, mère-enfant) et son projet médical partagé. « Nous avons une direction commune pour le système d’information et les achats et nous menons une réflexion sur les services techniques et logistiques », note Pierre Cazenave. Sont aussi envisagés un groupement de e-santé, un groupement de coopération sociale et médico-sociale, une gestion partagée de la coordination médicale ainsi qu’un élargissement des missions du réseau de gérontologie en collaboration avec les EHPAD (5 ETP hospitaliers sont mis à leur disposition sur la base de conventions).

 

Santé mentale : mutualisation de postes rares

Sur Mont-de-Marsan, Christian Cataldo, directeur du CH, donne l’exemple d’un groupement de coopération sanitaire (GCS) en santé mentale associant le médico-social et les structures du handicap. Ce GCS a été créé pour améliorer la lutte contre les maladies mentales en mettant en commun les activités et moyens, organiser les activités administratives et logistiques et réaliser des groupements d’intérêt commun si besoin, et surtout mutualiser les postes rares (psychologues, etc.) avec création d’équipes de territoire.

Pour aller plus loin dans l’intégration de ce dispositif morcelé sur le territoire, un centre de santé de santé publique est porté par le CH dans un quartier de Mont-de-Marsan en rénovation urbaine et déserté médicalement.

 

Le numérique au service des « vrais gens »

La télémédecine est enfin un élément incontournable du « territoire intégré » de santé. Le CH de Mont-de-Marsan est établissement référent dans le cadre du projet pilote « Territoire de soins numérique » (TSN) (programme des investissements d’avenir). Le CH a opéré pour cela une réorganisation interne et créé une cellule patients et un salon de sortie pour optimiser le parcours patient. A la clé, une durée moyenne de séjour (DMS) qui a diminué, par exemple de 40 % en orthopédie.

« Une plateforme territoriale d’appui (PTA) comme Santé Landes, c’est avant tout deux choses, a commenté Marie-Noëlle Billebot, directrice du projet à l’agence régionale de santé : d’une part de « vrais gens » (!), tous les acteurs du territoire coordonnés entre ville, sanitaire, social… ; d’autre part un outil numérique conçu nativement en mobilité (tablettes, Smartphones). » Objectif : éviter toutes les ruptures dans la prise en charge. « Oui, l’hôpital est une composante majeure des PTA comme des parcours mais il est parfois sage de ne pas se mettre en première ligne », a insisté Marie-Noëlle Billebot. Et la décision d’inclusion relève toujours de la responsabilité du médecin traitant.

 

L’éthique du service public

De son côté le CHU mène un projet de recherche universitaire pour le repérage précoce des patients susceptibles de développer des maladies chroniques et inflammatoires, facteurs de décompensation. L’idée est d’élaborer un outil en collaboration avec les médecins libéraux et la PTA. « La PTA et les parcours patients sont un accélérateur de restructuration, reconnaît Philippe Vigouroux, directeur du CHU, mais dans le sens que nous voulons tous, à savoir une baisse de la DMS, une rotation accélérée et un dispositif qui évite à ceux qui n’en ont pas besoin de venir à l’hôpital. » C’est toute l’éthique du service public hospitalier que de savoir se mettre en appui des autres sans se focaliser sur l’intérêt financier direct de l’établissement, ont noté les débatteurs. Reste cependant à savoir quel modèle économique se calquera sur de tels systèmes, a-t-on commenté. A Mont-de-Marsan, l’impact économique est positif aujourd’hui avec un repositionnement induit sur le recours. Mais l’impact à long terme des « parcours » est impossible à prévoir, aura conclu Christian Cataldo.

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