Limoges

19/10/2016

Le Limousin déjà en mode territoire

Trois mois après la constitution des groupements hospitaliers de territoire (GHT), les représentants de la FHF étaient reçus au CHU de Limoges le 19 octobre en présence d’une trentaine d’adhérents. Un débat centré sur des exemples de dispositifs territoriaux impliquant l’hôpital public.

Le GHT du Limousin ne se construit pas dans une logique intégrative, a exposé en introduction Jean-François Lefebvre, directeur du CHU. Même si des groupes de travail sont déjà en place sur les achats, les systèmes d’information, le département d’information médicale et la coordination de la formation. Quelques minutes plus tôt, la visite du tout nouveau Pôle Biologie du CHU avait d’ailleurs permis de présenter les mutualisations internes actuelles, et les mutualisations externes envisagées. « Mon ressenti est qu’il vaut mieux aujourd’hui être dans une dynamique d’ouverture plutôt que de rétrécissement », commentait le Pr Feuillard, chef de pôle Biologie cancer.

Ce cadre étant fixé, le Limousin s’appuiera sur les coopérations territoriales existantes. Certaines réussites du secteur public en matière de parcours patient « préfigurent ainsi ce que nous pourrons faire en matière de filières », estime Jean-François Lefebvre.

 

Changements de pratiques… baisse des ré-hospitalisations

La prise en charge des AVC est par exemple déjà optimisée grâce à la télémédecine, avec une possible thrombolyse en proximité avant le transport au CHU. « Nous avons en principe 4 heures pour traiter les patients, nous sommes descendus à 2 heures 30 », a décrit le Dr Macian, neurologue. Et l’outil joue sur l’attractivité : le CHU est passé de 1,5 à 3 neurologues.

Autre exemple d’engagement dans la territorialité, la coordination autour du sujet âgé pour éviter les décompensations. Une équipe mobile extrahospitalière développe le suivi à domicile sur une cohorte de 2 500 patients : bilans et plans de prévention santé autonomie, interventions de professionnels hospitaliers (ergothérapeutes, psychomotriciens, etc.) qui manquent dans le secteur libéral… A la clé, une réduction de 50 % des récidives de chutes a été constatée. Grâce aux nouvelles technologies au domicile du patient, les gériatres du CHU sont aussi en appui de la médecine libérale et des infirmières. Un dossier médical numérique est partagé. Avec les changements de pratiques induits à l’hôpital comme en ville, le taux de ré-hospitalisation a baissé de 30 %. Avec les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), on a opté pour un système de visioconférence. Un spécialiste du CHU peut intervenir grâce à des dispositifs médicaux communicants.

A enfin été décrite à la FHF une expérience de consultation avancée en hématologie clinique, chaque médecin concerné se partageant entre le CHU et les CH périphériques en fonction des besoins (750 patients vus chaque année). Bilan : davantage de consultations ont lieu, le taux de satisfaction patients croît. Et une étude a mis en évidence dans le même temps une économie équivalente à un poste de praticien hospitalier.

 

Des postes partagés qui fidélisent

Ce débat limougeaud s’est conclu par trois témoignages de médecins sur la politique de postes partagés (une trentaine aujourd’hui) menée par le CHU. « C’est un moyen de fidéliser les étudiants que nous formons et cela fait sens sur un territoire espacé comme le nôtre », commente Jean-François Lefebvre. « J’étais dubitative au début mais je suis très satisfaite de cette situation, a expliqué le Dr Valgueblasse, gastroentérologue en poste partagé à 50 % entre le CHU et un CH. Les patients ont accès à leurs examens en proximité mais peuvent être vus au CHU pour certains gestes techniques. Et je dispose des nouvelles technologies au CHU pour me former et conserver un niveau technique d’endoscopie de qualité. » Outre la plus-value apportée aux patients du territoire, un tel système permet et « désobscurcir » l’image négative qu’ont les internes des hôpitaux périphériques », estime-t-elle. Une pneumologue expliquera pour sa part avoir « désembolisé » ses consultations au CHU grâce aux consultations avancées en CH.

 

Des innovations locales à partager… et à labelliser

« Ce que j’entends me rassure, a commenté en fin de débat Patrick Charpentier, représentant du CISS Limousin. Ne vous privez pas de faire remonter au ministère les pratiques innovantes du terrain ! On ne pourra pas rester sur des dimensions expérimentales. Il faudra les labelliser et les généraliser. »

« Vous prêchez un convaincu, a conclu Frédéric Valletoux, président de la FHF. Vous nous l’avez montré ici, seuls les professionnels de chaque territoire sont capables d’inventer les bons dispositifs en fonction des contraintes locales. Or la survie de notre sécurité sociale est pour partie liée à la capacité d’accompagner des initiatives comme celles-là. C’est la philosophie que je voudrais faire passer à travers notre plateforme. »

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