La Rochelle

20/09/2016

La Rochelle débat sur les facteurs de réussite (ou d’échec) des GHT

Les responsables de la FHF rencontraient le 20 septembre une cinquantaine d’adhérents de Nouvelle Aquitaine au CH de La Rochelle-Ré-Aunis autour de la thématique des groupements hospitaliers de territoire (GHT). Avec des avancées exemplaires mais aussi l’expression de motifs d’inquiétude.

Les centres hospitaliers (CH) de La Rochelle et Rochefort constituent un exemple réussi de basculement d’une communauté hospitalière de territoire (CHT créée en 2008) en groupement hospitalier de territoire (GHT), mais ils témoignent aussi des « points de vigilance » à avoir sur le sujet, a-t-on souligné en présence des dirigeants de la FHF.

Prendre le temps de se connaître… mais vite

« Nous avons déjà un projet médical partagé (PMP) depuis plus de 5 ans, analyse Jean-Marc Even, président de commission médicale d’établissement (CME) de Rochefort. Les dossiers qui avançaient vont continuer… Mais les autres n’accélèreront pas avec le GHT », estime-t-il. L’exemple de la Charente-Maritime est emblématique du travail de communication nécessaire. « Avant la CHT, nos deux établissements ne se parlaient pas, raconte Thierry Godeau, président de CME de La Rochelle et de la conférence nationale des présidents de CME. Apprendre à se connaître et instaurer une confiance réciproque prend du temps. » « Oui, mais avec un taux de fuite des patients de 50 % constaté par exemple en Dordogne, il ne faudra pas tarder !, fait remarquer Thierry Lefebvre, directeur du CH de Périgueux, support d’un GHT de 11 établissements. Les hôpitaux locaux l’ont compris car ils n’ont plus guère de médecins. Certains établissements MCO un peu moins… Or on ne construira pas une politique sur l’idée que l’on va juste faire son marché auprès des établissements supports. »

Des GHT coopératifs ou intégratifs ?

Côté médico-social, les six établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Charente-Maritime sont fédérés au sein d’un groupement de coopération social et médico-social (GCSMS), et ont été associés à la CHT dès le début. « Cela s’est fait tout naturellement autour du PMP, explique Béatrice Colomb, administratrice du GCSMS. Mais nous sommes très embêtés par le basculement en GHT où nous ne sommes pas partie, avec un statut qui n’est pas prévu par les textes. » A la clé, de nombreuses interrogations sont posées sur la finalité des GHT : seront-ils coopératifs ou intégratifs ? « La gouvernance sera décisive pour le définir, relève Perrick Dieumegard, directeur du CH de Rochefort, demandeur ici de clarifications de la part des autorités. Au sein de la CHT, nous avons mutualisé la blanchisserie, l’anatomo-pathologie, et nous en avons le projet sur la biologie et la pharmacie. Or nous nous disons qu’un modèle intégratif autour de l’établissement support remettra en cause ce que nous avons construit sur une base coopérative… » A commencer par les centrales d’achats, a-t-on mis en garde, si le principe d’achats concentrés dans un budget annexe de l’établissement support devait être confirmé dès 2017…

Aux hospitaliers de s’approprier les GHT

Pour Thierry Godeau, « la gouvernance est en effet un gros enjeu. Mais c’est l’obligation d’étudier toutes les filières et d’harmoniser les pratiques qui nous fera avancer, dans une logique globale gagnant-gagnant. Si chaque établissement veut être gagnant dossier par dossier, on n’y arrivera pas », estime-t-il. Et d’insister sur un autre enjeu des GHT : la démographie médicale. « Les jeunes ne veulent plus travailler en petite équipe. Il nous faudra multiplier les temps partagés pour leur donner accès aux plateaux techniques, faire des consultations avancées…  être inventifs. Les aspects financiers ne seront pas de véritables facteurs d’attractivité. »

Il faudra enfin être attentif à une éventuelle ingérence des ARS dans les PMP, mais aussi des CHU dans d’éventuelles velléités d’être le régulateur de l’offre de soins et de la recherche clinique, a-t-on relevé. Un point important dans une optique de politiques d’assistants partagés entravées par les subdivisions d’internat.

Les tentatives de dialogue avec le secteur libéral se heurtent enfin très souvent à un mur, a-t-on par ailleurs observé. Même s’il existe de jolis contre-exemples, comme à Niort où les médecins libéraux sont « partenaires associés » au GHT dans une logique de « groupement de santé de territoire ».

Conclusion de Frédéric Valletoux, président de la FHF : « C’est l’ambition mise dans les PMP qui déterminera ce que seront ces GHT : opportunité de moderniser, d’inventer de nouveaux modes d’intervention et d’attractivité… ou bien occasion ratée. Tout l’enjeu des prochains mois pour les hospitaliers sera de montrer ce qu’ils veulent et sont capables de faire avec les GHT. »

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