Poitiers

20/09/2016

A Poitiers, l’appel à des mesures fortes pour défendre l’hôpital

La place de l’hôpital public dans le système de santé était le thème de débat retenu pour la halte des responsables de la FHF au CHU de Poitiers, le 20 septembre 2016. A la clé, des échanges passionnés et l’appel à des mesures fortes pour soulager un service public en surchauffe.

La visite des urgences aura d’entrée démontré à Poitiers la capacité du service public à évoluer pour faire face aux besoins de la population, aux lacunes du secteur libéral et à la nécessité de modernisation. Réorganisées depuis deux ans, elles comptent par exemple désormais une filière ultra-courte, avec un gain d’une heure pour les patients à la clé. La gestion centralisée des lits de l’établissement, présentée dans la foulée à la FHF, affiche en temps réel le plan des services avec les disponibilités de chambres, d’examens biologiques, les dates prévisionnelles de sortie, etc. « Nos + 10 % d’activité en 2016 montrent que le service public a de l’avenir ! Mais il faut sans cesse nous adapter », a commenté Jean-Pierre Dewitte, directeur du CHU et président de la conférence nationale des DG de CHU.

Un hôpital harcelé… alors qu’il pallie les carences du privé

« Critiqué à outrance par la classe politique, l’hôpital public est menacé par chaque plan triennal et par les mesures excessivement dures qu’il nous fait prendre pour les agents, ce dans une situation d’inégalités avec le privé. Il faut un acte fort de défense de l’hôpital public de la part de la FHF dans sa plateforme 2017 », a exhorté Jean-Pierre Dewitte en introduction du débat qui suivait. Comment supporter la fuite des professionnels vers le privé ou vers l’intérim à 1 500 euros la journée alors que c’est le public qui pallie les déficiences du système, a-t-on témoigné lors de ces échanges. « Tout en subissant les contrôles tatillons de l’administration, alors que c’est le public qui soigne les gens abandonnés par le secteur libéral », a souligné le Pr Bertrand Debaene, président de la commission médicale d’établissement (CME) du CHU.

De fait, « on s’aperçoit que si les hospitaliers ne répondent pas à ces injonctions paradoxales, personne d’autre ne les assume dans le système de soins, a abondé David Gruson, délégué général de la FHF. Les hommes politiques doivent comprendre qu’il est temps de mettre ces questions sur la table dans le cadre du débat présidentiel. »

Des structures médicales et un statut de PH adaptés

Dans sa plateforme 2012, la FHF avait déjà proposé – en cas de carence de la médecine libérale – de permettre aux hôpitaux (avec des financements et des statuts adaptés) d’organiser des consultations avancées. « Pourquoi ne pas la reprendre ainsi que notre proposition de limiter l’installation des médecins dans les zones surdotées ? », suggère Frédéric Valletoux, président de la FHF. A l’heure où l’on parle de GHT, pourquoi ne pas aussi demander le développement de maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) multi-sites avec consultations avancées et obligation de prise en charge des soins non programmés… ?, suggère Thierry Godeau, président de CME du CH de La Rochelle et président de la conférence nationale des présidents de CME. « Les jeunes ne veulent plus s’installer seuls en cabinet sans accès aux plateaux techniques, a en effet témoigné un jeune anesthésiste. Les MSP sont une des solutions. Mais s’il y a une réforme à proposer aujourd’hui pour l’attractivité médicale, c’est celle du statut de PH, qui n’est plus adapté », a-t-il analysé.

Assouplir la bureaucratisation ou sacrifier l’innovation

Deuxième gros défi évoqué lors de ce débat : le vieillissement, « qui vient percuter nos structures ». Le cloisonnement entre sanitaire et médico-social doit sans doute être réinterrogé à l’échelle territoriale des GHT, observe David Gruson : « C’est un carcan pour toutes vos initiatives. »

De même, le carcan des structures financières pourrait finir par gripper l’innovation (dispositifs médicaux, nouveaux médicaments, télémédecine…) », qui n’est pas financée à l’hôpital, met en garde Jean-Pierre Dewitte. Or ce sont là encore les CH et CHU qui supportent aujourd’hui le poids de l’innovation. « Sur la reconnaissance tarifaire de la télémédecine, le mur de béton dressé par les financeurs est fissuré, a relevé David Gruson. Il faut continuer la mobilisation ! »

« Il faut enfin donner de la souplesse et de la liberté aux hôpitaux ! », exhorte Jean-Pierre Dewitte. « Oui, nous avons besoin d’air, aura repris Frédéric Valletoux. La bureaucratisation teintée de suspicion à l’égard du système hospitalier (avec une tendance hémiplégique à ne pas regarder ce que fait le privé) devient insupportable, comme 1 000 aberrations d’un système devenu fou. »

Et si la FHF lançait en 2017 un débat sur le fait que l’hôpital public est créateur de richesse et non générateur de dépenses ?, aura suggéré en conclusion Séverine Masson, directrice adjointe du CHU.

 

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