Caen

14/09/2016

L’établissement de santé mentale de Caen gère la pénurie généralisée

Les responsables nationaux de la FHF finissaient leur tournée normande le 14 septembre 2016 par la visite de l’établissement public de santé mentale (EPSM) de Caen. Une nouvelle illustration du rôle joué par le service public pour assurer la continuité des soins dans un contexte de désertification médicale et de déprise du privé.

Avec ses six pôles de psychiatrie organisés géographiquement, son pôle de pédopsychiatrie et son pôle de psychiatrie pénitentiaire et d’addictologie, l’EPSM de Caen assure aujourd’hui les deux tiers de la prise charge psychiatrique du Calvados dans un contexte de raréfaction de l’offre*. Dernière illustration en date, la fermeture en août 2016 du service psychiatrique de Vire faute de médecin, avec nécessité pour l’EPSM de Caen de trouver des solutions immédiates pour l’accueil des patients. « Vu l’évolution démographique et nos interactions avec la ville et le monde médico-social, la psychiatrie est déjà dans une démarche de territorialisation, a expliqué Jean-Yves Blandel, directeur de l’EPSM. Dans ces circonstances, entrer dans un groupement hospitalier de territoire (GHT) va de soi. Mais nous avons aujourd’hui des organisations invraisemblables en termes de rattachement des praticiens… »

 

La communauté psychiatrique de territoire, lien entre la ville et le GHT

« Nous arrivons dans le GHT « Normandie centre » [qui couvre l’essentiel du Calvados] avec un projet médical solide et ce sera l’occasion de travailler avec le CHU de Caen, se félicite Alain Flambard, président de CME. Mais les dynamiques de territoire sont différentes entre le MCO et la psychiatrie. » Même sans lits d’EHPAD, nos équipes pluri-professionnelles, de vie sociale…, font de nous un acteur médico-social innovant* », analyse ainsi Jean-Yves Blandel. Un exemple : l’EPSM se positionne comme partenaire des résidences d’accueil qui se multiplient à l’initiative de la Mutualité ou d’offices HLM… « C’est une solution médiane pour des personnes qui peuvent difficilement retourner vivre isolément. »

L’EPSM de Caen réfléchit aussi à une Communauté psychiatrique de territoire (CPT) très souple permettant l’accueil des professionnels libéraux et un maximum de partenaires associatifs. « Ce sera une façon pour eux d’intégrer une culture psychiatrique et d’être présents dans le GHT », complète le Dr Flambard. « Contrairement au GHT, la CPT obéit à une démarche de « bottom up » », pour Jean-Yves Blandel.

 

Financement : pour une psychiatrie de secteurs

En termes de financement, Jean-Yves Blandel demande à la FHF une réflexion sur une « psychiatrie de secteurs » : « Il faut conserver une base populationnelle avec des secteurs (psychiatrie, pédopsychiatrie…) de même surface géographique. » La Normandie illustre la défaillance du financement du service public en présence d’indicateurs sanitaires et sociaux inquiétants. « Aujourd’hui, un certain nombre de projets commerciaux sont acceptés avec réserve, mais ils le sont car les ressources en DAF (dotation annuelle de financement) des établissements psychiatriques publics ne permettent pas le développement de projets dont on a besoin », a témoigné Emmanuelle Jeandet, coprésidente du conseil de surveillance du CHU de Rouen.

 

* L’établissement gère également un pôle médico-technique (médecine générale, pharmacie, biologie et odontologie), un SAMSAH (service d’accueil médico-social pour adultes handicapés), une maison d’accueil spécialisée (MAS). Une quarantaine de structures dépendent de l’EPSM (structures d’hospitalisation, centres médico-psychologiques, hôpitaux de jour et centres d’accueil thérapeutiques à temps partiel).

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