Rouen

13/09/2016

Au CHU Rouen, l’innovation résiste à des écosystèmes défavorables

La délégation nationale de la FHF entamait son déplacement normand des 13 et 14 septembre 2016 par une rencontre avec des représentants du CHU de Rouen. Des responsables inquiets du manque d’équité territoriale et de la capacité future des CHU à maintenir leur place, en dépit du dynamisme des équipes et de la recherche universitaire.

La question de la démographie et de l’attractivité du public a de nouveau été au cœur des discussions au CHU de Rouen (30 % de l’activité hospitalière de l’ex-Haute-Normandie). Le débauchage récurrent de médecins à des tarifs faramineux par les deux grosses cliniques locales fait déplorer l’absence de décret sur la clause de non-concurrence prévue par… la loi Bachelot (2009 !). L’occasion pour David Gruson, délégué général de la FHF, de tester ici l’idée d’un plafonnement des rémunérations, qui serait soumise aux parlementaires. Autre piste : monter une structure d’intérim régulée à l’échelle nationale. « Le sujet est plus que jamais d’actualité avec les groupements hospitaliers de territoire », a renchéri Emmanuelle Jeandet-Mengual, coprésidente du conseil de surveillance du CHU et de la FHR Normandie, qui réclame aussi un redéploiement des praticiens universitaires en faveur des régions déficitaires.

 

Travailler son attractivité

En attendant, la Normandie orientale travaille sur son attractivité médicale, témoin le dispositif de 56 assistants spécialistes régionaux cofinancé par l’agence régionale de santé (ARS) et la région (6 postes à contenu recherche). Une réussite : depuis 2009, 70 % son restés dans la région. L’idée est de multiplier les expériences des jeunes médecins, de renforcer leur formation et de créer des liens entre établissements. Autre initiative présentée à la FHF, la fédération régionale des dermatologues destinée à améliorer la lisibilité et l’attractivité de la spécialité. « Le secteur libéral est défaillant et la plupart des centres hospitaliers de taille moyenne n’ont eux-mêmes plus de dermatologue, observe le Pr Joly, chef de service. Alors même que croissent les pathologies graves (cancérologie, allergies) et que la révolution des thérapies ciblées nécessite des spécialisations. »

La téléconsultation serait typiquement un atout dans ce type de projet, aura fait remarquer David Gruson. « La reconnaissance de l’activité de télémédecine est en effet un enjeu majeur pour l’équité territoriale et éviter une médecine à trois vitesses », a abondé le Pr Frebourg, chef de service Génétique.

 

La recherche, indissociable du CHU !

Hélène Eltchaninoff, chef de service Cardiologie, a de son côté illustré le dynamisme de la recherche universitaire en présentant le projet « Stop-As », primé et financé dans le cadre des investissements d’avenir. Portant sur l’implantation d’une valve par voie transcutanée en cas de rétrécissement aortique, cette innovation présente des résultats thérapeutiques exceptionnels. Autre démonstration du rôle unique des CHU, celle du Pr Frebourg, qui aura présenté les énormes enjeux à venir de la médecine génomique : prévention, détection précoce des maladies héréditaires, prescription anticipée de traitements adaptés… Grâce à l’accès total au génome humain, cette médecine passera par la détection des marqueurs de maladies rares, parmi les quelque 20 000 « fautes d’orthographe » systématiques dans les 3 milliards de lettres de notre génome. Mais elle passera aussi par l’interprétation de la mutation, la même erreur de codage pouvant être synonyme de maladies rares et de handicaps très différents. « Pour cela, vous aurez toujours besoin d’expertises cliniques auprès des patients, de leur expliquer les enjeux de la démarche… Ceci ne pourra se faire qu’au sein des CHU. Affirmer que la médecine génomique sera demain une affaire de détection par des robots est une supercherie scientifique », a conclu le Pr Frebourg.

 

Ces finances ubuesques qui compromettent l’avenir

« Mais comment les CHU pourront-ils maintenir la place qui est la leur et développer l’innovation vu les baisses des tarifs et des missions d’intérêt général (MERRI) », interroge lsabelle Lesage, directrice du CHU. « Vu les structures actuelles de financement, une procédure effectuée totalement au robot nous fait perdre 2 000 euros rien qu’en consommables, illustre-t-elle. Et 2 millions pour un robot, c’est 20 praticiens hospitaliers sur un an. Ouvrez ce débat !», a-t-elle exhorté.

Dernier point mis en exergue à Rouen au regard des difficultés de financement, l’explosion des dépenses liées aux molécules onéreuses : 700 000 euros en 2014, 7 millions en 2016… Prix à payer aujourd’hui pour l’accès de tous les patients qui en ont besoin à l’innovation. A cet égard, c’est à l’Etat (ARS) de prendre ses responsabilités sur les choix de régulation, pas aux médecins, ont observé plusieurs chefs de service.

 

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